Permis Pratique

Auto-écoles : 5 idées reçues qui ont la vie dure


Si les dérivent existent, de nombreuses auto-écoles revendiquent à raison leur sérieux, mettant un point d’honneur à assurer un véritable suivi du candidat pour sa réussite. Et force est de constater qu’en termes de réputation, elles paient bien souvent pour les établissements de conduite aux pratiques douteuses.

Ce sont deux hommes passionnés par leur métier qui m’ont accueillie pour me parler des problèmes qu’ils rencontrent en tant que gérants d’auto-école en région parisienne. Thierry et Philippe sont tous deux enseignants de la conduite et gérants d’une auto-école dans la banlieue parisienne. L’un a repris son auto-école il y a 5 ans, tandis que l’autre co-gère une auto-école familiale depuis un peu plus d’un an. Pour Permis Pratique, ils ont accepté de témoigner de façon anonyme et de parler des préjugés et rumeurs qu'on entend souvent sur leur métier et sur le permis de conduire.



Cliché n°1 : « Les auto-écoles sont toutes des pompes à fric »

Thierry et Philippe sont catégoriques sur ce point : si on veut une formation de qualité, cela a forcément un prix. On pourrait croire que l’auto-école se fait une marge faramineuse sur notre dos. Cependant, sur une heure de cours à 50 euros, si l’on compte les charges de plus en plus chères : la TVA, le coût des salariés, et les frais afférents aux véhicules, Thierry ne mettrait dans sa poche que 2 ou 3 euros, qui, ensuite déclarés, ne lui reviennent vraiment à pas grand-chose. « Sur une heure de cours à 55 euros, on émarge 35 centimes net », estime pour sa part Philippe. « Entre l’assurance des véhicules, le carburant, et le loyer longue durée des voitures, cela revient grosso modo à l’embauche de deux salariés », affirme Thierry. Tout en sachant qu’un fond de trésorerie est nécessaire pour pallier les imprévus… « On est obligé d’avoir un seuil tarifaire minimum si on veut des véhicules neufs régulièrement, du personnel disponible et motivé, des assurances véhicules tous risques plutôt qu’au tiers… », renchérit Philippe. L’heure de cours ne serait donc pas à proprement parler « rentable », loin de là, comme le voudrait une rumeur tenace. Il semblerait bien au contraire que c’est en payant les services d’auto-écoles au rabais (qui souvent peuvent se permettre ce genre de prix en se rattrapant avec des pratiques malhonnêtes ou en jouant sur la qualité des installations, des enseignants, du suivi pédagogique…) que l’on s’expose au final à un nombre d’heures qui grimpe et à une addition plus salée qu’elle n’aurait dû l’être.
 
Toute la difficulté réside donc dans le fait de bien discerner les auto-écoles où les heures de conduite supplémentaires à prendre s’avèrent vraiment nécessaires à cause d’un niveau encore trop faible du candidat malgré un bon suivi, de celles qui vous font payer des heures de conduite nullement justifiées et gaspillées pour mauvais enseignement.
 
Après, il y a les à-côtés, tels que les frais de présentation à l’examen et le forfait code. Chaque auto-école fixe là encore ses prix, mais ce qui est important souligne Philippe, « c’est la capacité de l’auto-école à justifier ses tarifs ». Il explique ainsi que beaucoup ignorent ce qu’une auto-école engage comme travail pour les présentations à l’examen lorsqu’elle le fait sérieusement : «  la connexion au serveur payante, le temps de recherche des places d’examens, la paperasse qui inclut une vérification du travail de la préfecture, la présence de l’enseignant sur le lieu de l’examen, le carburant, tout ça a un coût ». Et son confrère Thierry d’ajouter : « Cela me permet tout juste de souffler un peu financièrement parlant ». 
 
Concernant le code, toutes les auto-écoles ne s’engagent pas de la même manière. Philippe explique pour sa part avoir investi 2000 euros dans un système avec boîtiers, cartes à puce, disponibilité d'un enseignant… Moins de risques de tricherie, suivi plus pointu, conditions semblables aux examens, présence d’un enseignant pour des cours magistraux… Toutes les auto-écoles ne prennent pas la peine de cela et se contentent parfois de vielles diapositives avec grille papier et suivi plus que sommaire sans aucun cours digne de ce nom. Ce sont ce genre de différences qui peuvent justifier ou non un certain tarif.

Cliché n°2 : « Les inspecteurs donnent moins facilement le permis pendant les grandes vacances »

Il est également grand temps de corriger cette idée reçue pour ceux qui y croiraient encore : détrompez-vous, il semblerait que ce soit plutôt l’inverse ! « Lors de la période juin/juillet, l’affluence des candidats est plus importante, certains souhaitant accélérer la formation pour l’été. Et sur le lot, il y a donc statistiquement plus de jeunes pas tout à fait prêts... Pourtant, durant cette période, l’examen reste le même », explique Thierry. Selon Thierry et Philippe, pour un candidat véritablement prêt, les chances de réussite sont même plus importantes, en particulier pour les grands stressés, la circulation étant moindre que le reste de l’année, « avec un petit bémol pour les centres d’examen situés dans les zones où affluent les touristes », nuance Philippe.

Cliché n°3 : « 20 h, ça suffit amplement pour avoir une date à l’examen du permis »

Pour Philippe, cette pensée est entretenue à tort par la « génération des 16 000 morts par an », du temps où le permis à points n’existait pas, et les règles de conduite bien plus laxistes. Or, la signalisation a évolué depuis, de même que les contraintes, et les critères du permis de conduire. « Ce sont surtout les parents des candidats, qui ont passé le permis il y a 20 ans et plus, qui croient que le permis s’obtient aussi facilement ». Alors, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de faire du "forcing" pour obtenir une date après 20 heures de cours de conduite sous prétexte qu'il s'agit du minium légal pour pouvoir se présenter à l'examen... Aujourd’hui, à moins d’avoir déjà conduit auparavant, 20 heures de conduite s’avèrent dans la grande majorité des cas insuffisantes pour une conduite à niveau et responsable, à plus forte raison dans les grands centres urbains.

Cliché n°4 : « Pas besoin d’être moniteur pour apprendre à un candidat à conduire »

Beaucoup d’anciens candidats ont tendance à sous-estimer l’examen du permis de conduire, surtout lorsqu’ils l’ont passé depuis quelques années. C’est sans compter également que l’examen a évolué depuis. « En général, ceux qui affirment que n’importe qui peut enseigner la conduite sont d’anciens candidats passionnés par la conduite avec des facilités certaines, mais également de mauvais réflexes », rappelle Thierry. Or, n’oublions pas que la pédagogie et les compétences techniques requises pour accompagner l’élève ne s'inventent pas, car, rappelons-le, enseigner est un métier.

Cliché n°5 : « Il y a des quotas »

« Aucun chiffre ne permet de montrer cela, sinon, cela se saurait depuis longtemps », certifie Philippe. La rumeur serait entretenue par beaucoup de candidats en situation d’échec et par leur parents (là encore, différence de génération de permis oblige), du fait d'une mauvaise foi de l’élève ou des parents qui ne reconnaissent pas son manque de niveau, ou encore dans des cas bien plus rares lorsque le jugement d’un inspecteur pourrait être remis en cause par manque de discernement ou d'impartialité.


Nina Belile est l'auteure de ce sujet, ainsi que du livre Permis de galérer.

Le passage du permis B (auto), elle le connaît mieux que quiconque pour l'avoir obtenu en 2011 à l'âge de 30 ans, après un très long chemin semé d’embûches en tous genres.

Dix moniteurs différents, pas moins 118 heures de conduite, 6 000 € et la réussite en tant que candidat libre, au total son permis de conduire lui est revenu en termes de temps au passage d'un BTS (2 ans).

Si elle dénonce les failles du système d'apprentissage de la conduite en France dans son ouvrage, Nina Belile a également la volonté de faire partager sa longue expérience et ses conseils aux autres candidats dans les colonnes de Permis Pratique comme journaliste.


Retrouvez aussi Nina Belile sur le site web dédié à son livre : Permis de galérer

Dimanche 6 Avril 2014



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